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FR #fintech#mobile-money#burkina#yembi

Au Burkina, votre relevé bancaire est un SMS

Pourquoi le mobile money domine nos finances mais ne nous donne aucun outil pour les comprendre — et ce que ça implique quand on veut construire la solution.

Combien de fois vous avez ouvert Orange Money pour savoir combien vous avez dépensé ce mois-ci — et vous avez trouvé quoi ?

Une liste de SMS.

Pas de graphiques. Pas de catégories. Pas d’historique filtrable. Juste des messages bruts, en ordre chronologique inversé, que vous faites défiler avec votre pouce.

Le paradoxe du mobile money

Le mobile money est probablement la plus grande réussite fintech de l’histoire de l’Afrique de l’Ouest. Au Burkina, il a fait ce que les banques n’ont jamais réussi : mettre un compte dans la poche de presque tout le monde. On paie la SONABEL avec. On envoie l’argent au village avec. On encaisse ses clients avec.

Et pourtant, l’expérience de gestion de cet argent est restée en 2010. L’opérateur vous notifie chaque mouvement par SMS : c’est votre seul reçu, votre seul historique, votre seule trace. Votre santé financière vit dans une boîte de réception.

Posez-vous la question : combien avez-vous dépensé en factures le mois dernier ? Combien en transferts à la famille ? Quel agent utilisez-vous le plus ? Personne ne peut répondre. L’information existe, elle est dans les SMS. Mais elle est illisible à l’échelle d’une vie financière.

Pourquoi personne ne l’a réglé

Ce n’est pas par manque d’idées. C’est que le problème est techniquement ingrat :

  1. Il n’y a pas d’API. Orange Money et Moov Money n’exposent pas l’historique des transactions aux développeurs. Le SMS est l’API, qu’on le veuille ou non.
  2. Les formats sont chaotiques. Chaque opérateur a ses gabarits de messages, qui changent sans préavis, mélangent le français et des formats de montants inconsistants. Un parser naïf casse en quelques semaines.
  3. La connectivité ne peut pas être un prérequis. Si votre app de finances exige du réseau pour afficher vos dépenses, elle est déjà morte. Ici, le réseau est un événement, pas un état.
  4. Les téléphones sont partagés et multi-SIM. Deux SIM, deux opérateurs, parfois deux personnes sur le même appareil. Le modèle de données doit l’accepter dès le premier jour.

Chacune de ces contraintes élimine une catégorie d’apps « budget tracker » copiées de l’Occident. Toutes ensemble, elles définissent un cahier des charges que seul quelqu’un qui vit ici pouvait écrire.

Ce que j’ai construit

Chez DOKAL-Africa, j’ai passé deux ans à construire la réponse. Elle s’appelle Yembi, elle est sortie en mars, et j’en ai été le seul ingénieur du premier commit jusqu’au Play Store. Elle intercepte les SMS des opérateurs directement sur le téléphone, les transforme en transactions structurées (montant, type, contrepartie, solde) et vous donne enfin un tableau de bord de votre argent. Hors ligne. Chiffré. Sans compte bancaire.

Dans les prochains articles, je vais détailler la partie technique : comment parser un million de SMS avec plus de 99 % de précision, comment synchroniser sans jamais dupliquer une transaction sur un réseau 2G qui coupe au milieu d’une requête, et ce que j’ai appris en faisant tout ça seul.

Parce que le problème était simple à expliquer. Le construire, c’était autre chose.